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dimanche 24 décembre 2023

Cauchemars, oh ! En couleurs - Mononoke (2007)

Pour parler de cette série, il faut d’abord revenir sur Ayakashi : Japanese Classic Horror, sorti en 2006. Cette anthologie, en trois arcs indépendants (et réalisateurs différents), nous racontait des histoires issues du folklore japonais. Le succès du dernier arc "Bakeneko" lui a valu la production d’un spin-off, qui sera donc : Mononoke.

En effet, la série ne manque pas d’originalité. Tout d’abord par son personnage principal, l’apothicaire (le kusuriuri), dont on ne sait pas grand-chose à part qu’il consacre sa vie à chasser les mononoke (synonyme de yōkai), sorte d’esprits vengeurs qui hantent notre monde. Ce héro mutique qui parle en syllabes n’a même pas de nom, mais ce qu’il dit est toujours pertinent. Cependant, ce qui frappe en premier lieu dans cet anime, c’est son design et son univers visuel incomparable. Une belle claque esthétique ! Les images s’inspirent en grande partie des estampes japonaises (ukiyo-e) pour retranscrire le côté historique de ces croyances populaires. De fait, les décors sont superbes et une explosion de couleurs chatouille nos rétines. Les superpositions d’images et les expérimentations graphiques se marient à merveille avec un aspect artistique indéniable, influencé notamment par Klimt et les classiques du kabuki. Il faut peut-être un peu de temps pour entrer dans l’univers de Mononoke, mais quand on y est tout devient merveilleux. Malgré l’ambiance sombre des histoires qui nous sont contées (en cinq arcs indépendants), la série nous plonge dans des fables fantastiques qui transmettent un pan de la culture nippone. Quelques petites touches d’humour parsemées ici et là dans cet univers horrifique parviennent tout de même à alléger l’atmosphère.

Il faut avouer que les tableaux qui sont dépeints dans Mononoke ne sont pas très gais. C’est pourtant un vrai plaisir que de suivre le déroulement de chaque histoire pour en découvrir la Forme (Katachi), la Vérité (Makoto) et la Raison (Kotowari) dont l’apothicaire a besoin pour purifier les mononoke. On se laisse entraîner par une réalisation excellente et une animation exceptionnelle dans cet hommage aux tragédies qui peuplent la mythologie japonaise. Si l’on est un minimum intéressé par cette culture, l’anime est un régal culturel à l'ambiance sublime. Principalement à travers la période Edo, le voyage vaut vraiment le détour : que ce soit dans l’auberge de "Zashiki-warashi", sur le bateau de "Umibōzu", avec les illusions masquées de "Noppera-bō" ou dans le train de "Bakeneko". Mais mon préféré est sans conteste la maison d’encens (fuenokouji) de "Nue" qui offre une ambiance terne et grisâtre tout en prenant des couleurs vives à des moments précis, pour des sensations visuelles captivantes. En prime, le charisme de l’apothicaire habite chacune de ses apparitions et le mystère qui plane sur lui crée certes une certaine frustration, mais je pense que c’est par conséquent l’histoire des mononoke qui est ici importante. Le montage un peu farfelu peut parfois se révéler déroutant, mais on ne perd jamais le fil de l’histoire, aidé par des flash-back réussis qui lèvent le voile, en général, sur les raisons de la "malédiction".

Je dois admettre que j’ai eu un peu de mal au début avec l’arc original de Ayakashi, mais à la fin de l’épisode j’en voulais encore de cet univers multicolore qui aura tendance à secouer ce qu’on connait du monde de l’animation. Mononoke est une œuvre petite expérimentale qui mérite d’être connue. Une expérience unique !


vendredi 10 février 2017

As beautiful as disturbing - Top of the lake (2013)

Top of the lake est une mini-série assez bouleversante crée par Jane Campion et Gerard Lee. Située dans une petites ville au bord d'un lac de montagne de Nouvelle-Zélande, Laketop, ici on est loin des clichés hollywoodiens. Les lois qui régissent cette communauté isolée du monde extérieur ne sont pas vraiment à jour. Et voilà qu'une jeune détective de Sydney, Robin (brillamment interprétée par Elisabeth Moss) qui a grandit dans le coin, vient mettre son nez dans les secrets inavouables de tout ce petit monde. Sa quête de vérité concernant Tui, la petite fille enceinte qu'elle est venue aider, vire peu à peu à l'obsession. Il faut dire qu'elle-même a ses propres démons et que sauver Tui peut-être aussi une façon de se sauver? Oui sauver l'innocence malmenée qui subsiste malgré tout (démontré par cette petite phrase: "I don't even know how it got there") et qui se bat de toutes ses forces. Mais contre quoi? et contre qui? On se le demande jusqu'au bout car la bassesse humaine nous offre ici une belle brochette de champions. Parmi eux l'un des plus terrifiant est le père, Matt, le personnage le plus fort qui est superbement incarné par Peter Mullan et qui parfois vous glace le sang. Et puis, peut-être pour représenter l'humanité, il y a cette petite communauté de femmes qui s'installent à "Paradise". Un miroir à la société machiste et patriarcale de Laketop qui n'a plus grand pouvoir de ce côté de la barrière. Car même si ces femmes sont blessées et brisées, leurs émotions et leur solidarité sont pures et ensemble elles deviennent fortes pour se protéger. Emmenées par une charismatique GJ (méconnaissable Holly Hunter) qui n'a aucune prétention de leader ou de gourou, mais juste comme la décrit Bunny "c'est la seule personne qui dit la vérité". Encore une symbolique peut-être, comme si le seul fait d'être complètement honnête la rendait si rare qu'elle inspirait le respect et on s'y accrochait même si la vérité était bien dure parfois. Cela fait opposition aux secrets enfouis par plusieurs des autres personnages, parfois pour se protéger eux-même ou pour protéger quelqu'un d'autre.

Ensuite, il y a la beauté que dégage chaque image, les paysages magnifiquement filmés et la sombre mélancolie de chaque plan. On retrouve la patte de Jane Campion dans les émotions qu'elle nous fait ressentir parfois sans aucun mot. On se laisse emporter par cette fable aussi belle que dramatique qui nous donne la chair de poule par moment. Elle nous fait voir aussi de quoi l'être humain est capable, dans le pire comme dans le meilleur.

Il faut donc prendre le temps de regarder cette série mais sans être pressé pour pouvoir s'investir dans l'histoire en faisant fi des lenteurs de certaines scènes, car tout de même d'une rare beauté. A part peut-être les scènes d'amour de Robin et de son copain que je trouvais un peu trop nombreuses, mais au final je me dis que c'était peut-être fait exprès justement pour mieux refléter certaines révélations qui viendront plus tard. Personnellement je trouve que les 6 épisodes de 60 min (ou 7 épisodes de 45 min sur certains supports) nous tiennent en haleine tout le long et nous font vivre des sensations troublantes, angoissantes, bouleversantes mais parfois aussi attendrissantes.

Plongez donc dans Top of the lake et ne vous laissez pas refroidir!