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jeudi 19 décembre 2024

Mystic Nihon Guru - Kikagaku Moyo

 Ohayô,

Toi aussi tu aimes planer au-dessus de contrées lointaines, sans te soucier de la dimension spatio-temporelle de la musique ? Toi aussi tu trouves les chevelus aux allures colorées cool et tu rêves de partager un trip psychédélique avec eux? Alors ce groupe nippon a tout pour te plaire ! Kikagaku Moyo est un groupe formé à Tokyo en 2012. Cinq gars dans le kaze, multi-instrumentalistes (guitares, bass, sitar, batterie) joignent leurs forces créatrices et reviennent sur les traces d’un psych rock au relents acides, influencé par des éléments de folk traditionnelle asiatique et autre krautrock et prog.

Leur premier EP du même nom met les bases de leurs expérimentations acidiques sur les traces de l'improvisation. Mais c’est avec Forest of Lost Children, sorti en 2014, que le groupe gagne le cœur des amoureux de voyages sonores et sans frontières. Il faut dire que l’opus contient quelques petites perles envoûtantes. Déjà, ça commence avec le dépaysant "Semicircle" qui nous plonge dans la culture indienne, avant de complètement nous captiver dans l’écho de "Kodama". Hypnotisé par le rythme et la voix aérienne de Go Kurosawa, il n’en faut pas plus pour se laisser aller et enchaîner avec l'entêtante et brumeuse Smoke and Mirrors, aux allures lancinantes, tantôt douces et légères, tantôt fulgurantes. Après cela, les instruments prennent leur élan rock et nous transportent dans "Streets of Calcutta", avec tout ce qu’il faut pour nous mettre dans l’ambiance. Et puis "Hem", et son cri de ralliement énervé nous fait tourner autour d’un feu de joie mordant. Dansons, sautons, vibrons… Hooo Ohoooo ho! Enfin le calme, la nature apaisante de "White Moon" achève l’album dans la méditation contemplative. Nos sens détendus, on respire profondément, le corps étourdi.

Deux autres albums suivent : House in the Tall Grass en 2016 et le superbe Masana Temples en 2018 qui continue sur une lancée bien établie tout en se renouvelant dans un océan qui mêle folk psyché, krautrock et expérimentations musicales enrichies par leurs voyages. Il suffit de s’abandonner dès les premières notes de "Dripping Sun" ou de se laisser emporter par la douceur de "Nazo Nazo" pour ne plus vouloir quitter ce monde fluffy au parfum printanier.

En 2022, sort Kumoyo Islanddernier album du groupe qui malaheureusement décide de se séparer après une dernière tournée mondiale. 

Il faut aussi ajouter que le groupe dégageait une très belle présence en live, et c'était toujours un plaisir de se perdre dans la forêt enchanteresse de Kikagaku Moyo. Et si tu veux pousser la curiosité, le groupe a participé à la création d’un label : Guguguru Brain qui contient quelques jolies choses venues d’Asie.

Arigatō gozaimasu.
Jaa ne!

       

mardi 9 juillet 2024

Couleurs Nouvelles Pour Temps Errant - Alcest

En ce printemps émeraude
Où le temps n’existe pas,
Les souvenirs d’un autre monde
Animent les espoirs d’un autre temps;
Là où naissent les couleurs nouvelles,
Entre les iris et le ciel errant,
Les percées de lumière
Se reflètent sur les écailles de lune,
Et sur l’océan couleur de fer,
Jusqu’aux fonds des abysses.
Ces voyages de l’âme nous sauvent
Et les voix sereines nous protègent,
Jusqu’à l’opale délivrance,
Terre de l’éternelle jeunesse.
Sur l’autre rive je t’attendrai
Même si je suis d’ailleurs;
Dans ces jardins de minuit,
La nuit marche avec moi.
Notre sang et nos pensées
Nourrissent l’éveil des muses;
La caresse du miroir nous appelle,
Car nous sommes l'Émeraude.

Petit hommage personnel à Alcest qui m’accompagne souvent dans mes errances en tout temps. Entre un blackgaze aux couleurs pâles et la voix éthérée de Neige qui devient parfois cri plongeant dans les confins du black metal, Alcest offre un univers hors d’ici, dans un ailleurs aérien et poétique.

N.B.: titres de chansons en italique


lundi 18 mars 2024

Trip in Ethereal Sky - Esther (AntiMonos - 2021)

Ok, on a là une petite merveille musicale et il me fallait absolument partager ce plaisir. AntiMonos, c’est un gars du sud de la France, musicien et producteur autodidacte qui s’est forgé au sound design et autres expérimentations sonores, cultivant ainsi son talent pour l’ambient music.

En 2018, il sort un premier EP, In Utera, et délivre une première géniture électronique qui nous enveloppe dans son ambiance captivante, sous des lumières réverbérantes. Le Red Canopy de départ est à lui tout seul une visite du temple AntiMonos, et la conclusion de l’opus sur le titre éponyme, In Utera, est une porte ouverte sur le futur brillant du musicien. Un an plus tard, l’EP sera mis entre les mains de la crème du beatmaking français pour une version Remixes qui décoiffe. C’est tellement beau de ressentir toute l’harmonie qui peut exister entre différents artistes talentueux pour transformer ces morceaux en bulles de créativité. Une enveloppe hétéroclite qui contient la touche de chacun, sous l’attention du chef d’orchestre AntiMonos qui réussit à garder tout cela cohérent. Pour mon grand plaisir, entre autres, Hadean Ships à la sauce Cyesm.

Puis en 2021, AntiMonos nous gratifie de cet Esther bleuté, couleur de voyage céleste. L’intro ouvre la porte sur un un jardin secret : Shelter qui de prime abord parait presque inquiétant, juste le temps de respirer un bon coup et d'avaler une grosse taffe avant de se laisser complètement emporter dans le Blue Garden. Des arbres qui dansent, un vent qui chante, un souffle de vie. Loin de la foule déchaînée, dans un refuge lointain, la nuit tombe enfin, les cigales murmurent et les battements rituels des Cicadas partagent leur joie enchanteresse. Suspendu dans le temps et l’espace, hypnotisé par Yellow Dots, rien ne peut nous atteindre sur ce chemin sans fin. Et le voyage continue à travers le Passage A, lueurs éblouissantes électroniquement magiques, accompagnant notre errance astrale jusqu’à cette Nebulae qui nous ouvre grand ses bras. Accueillante atmosphère aux poussières ondoyantes. L’univers est infini, le cœur en apesanteur, une étoile est née.

Laissez-vous donc embarquer et bon voyage !
AntiMonos: https://antimonos.bandcamp.com/
(Se trouve aussi sur Spotify)


dimanche 27 août 2023

Une Histoire d'A. - Varsovie / L’Alhambra / Paris (Saez - 2008)

Saez et moi, c’est une histoire d’amour tout à fait improbable. Une de celles où l'on n’aime pas complètement l’autre, sans pour autant pouvoir vivre totalement en son absence. Il faut dire que Damien et moi nous sommes rencontrés il y’a bien longtemps, sous des cieux différents. Ce n’est peut-être là que de la nostalgie mal placée, jeune et con comme on dit. Je ne peux cependant pas nier qu’une corde sensible vibre au son de certains de ses mots. Il y’a des chansons auxquelles je reste indifférente alors que d’autres me bouleversent sans autre raison qu’un cœur qui bat. Je pense m'être à peu près détachée à partir des albums post-2010, mais dès que retentit le souffle de Jours étranges, je replonge dans les fumées de mon passé. Dans le bleu de l'absinthe, je noie mes souvenirs et j’veux qu’on baise sur ma tombe dans un future lointain.

C’est surtout dans les rues de Varsovie, l’Alhambra, Paris que j’aime flâner de temps en temps. Je sors du train à Varsovie au matin, il fait gris et froid, et je pense à ceux qui sont en laisse. Comment te dire que tout est noir dans un poème tremblant. J’écoute une chanson pour mon enterrement à l’Alhambra, et je cherche encore au-delà du brouillard. Il est vrai qu’on s’endort sur des braises quand on perd son amour, la nuit pour toujours. Et Paris enfin, jeunesse lève toi ! J’ai beau me dire Putain vous m’aurez plus, je me retrouve tout de même prisonnière de ces  marées d’écume. Toi tu dis que t’es bien sans moi, alors je pars... Et c'est pourtant toi qui reviens peu après pour rendre hommage à deux tours en ne parlant que de toi, comme toujours.  Moi je dis fuis, toi tu me suis, aux encres des amours me raccroche aux bords de Messina.

Saez et moi, c’est une histoire qui a une fin mais une aventure continue, bâtie sur des souvenirs mémorables. On n’aurait pas dû se croiser pourtant on s’est aimés. C’est peut-être là un petit miracle de la musique, une rencontre, une voix qui brise nos murs intérieurs, un texte qui fait jaillir un flot d’émotions. Damien et moi resterons dans nos cœurs respectifs, comme de vieux amants qui gardent le parfum chaleureux de l’autre au creux de leur chair. Comme une ombre à chacun de nos pas.

dimanche 12 décembre 2021

Berceau de Beats - Lullabies for Insomniacs (Al'Tarba - 2011)

Il était temps ! Je me demande pourquoi je n’avais jamais parlé de Al’Tarba alors que c’est mon chouchou extrême dans l’univers du beatmaking. Je ne saurais même plus dire depuis combien temps je suis son travail. Il faut dire que je suis vite tombée raide dingue de ce petit génie de la platine, découvert par le truchement de vagabondages musicaux en milieu virtuel. Al’Tarba est un beatmaker, auteur, compositeur et interprète de Toulouse. Musicien aussi, guitariste et bassiste qui s’est essayé au punk dans sa jeunesse, mais aussi fan de hip-hop et de rap. Sa place n’est plus à faire dans le milieu du beat underground et de l’abstract hip-hop. Influencé par la scène new new-yorkaise et par le hip-hop des 90s, il s’inspire aussi de son amour du cinéma, notamment de genre et de l’art du gore en général. Dans le chaos ambiant de ses compos, beaucoup de samples s’entrechoquent pour faire naître des titres divers et variés. Son côté touche-à-tout lui permet aussi de s’affubler de collaborations bien fichues avec des noms connus du milieu.

Pour aborder l’univers musical d’Al’Tarba, il faudrait mentionner sa première compilation sortie en 2007 : Rap, Ultraviolins and Beatmaking où il introduit son amour du hip-hop (Blood in My Eyes), avec mention spéciale à Devil on my Shoulder. Il nous présente aussi dans cet opus Droogz Brigade, son crew de rappeurs toulousains depuis les années lycée (Al’Tarba, Staff l’Instable, Rhama le Singe, Sad Vicious). Une bande qui rap façon punk baigné dans le gore horrifique (Pogote avec ton Nodz).

En 2011, sort Lullabies for Insomniacs. Un disque qui a tout de suite attiré l’attention sur ce jeune artiste. Entre des titres d'influence Chinese Man ou Wax Taylor (Mushroom Burger) qui mèlent hip-hop/rap (Purple Heart Attack), ce Pain Killers magnétique qui nous rend addict, des revisites inspirées en bonus (Better Without Me qui sample une chanson de Saez, miam !) et ce titre éponyme qui berce nos nuits d’insomnie : Lullabies for Insomniacs. Un début prometteur qui a en tout cas capté toute mon attention à l’époque, avec en prime tout un panel de bonus tracks (Midnight Seance Bonus). En plus, Al’Tarba sait aussi se faire aimer de la gente féminine, surtout quand il leur rend hommage avec son EP Ladies & Ladies en 2013. Il s’entoure de quelques voix notables, genre Bonni Li et Jessica Fitoussi et leur soulitude : The Vengeance Sisters. Après cela, c’est un hommage fantomatique et cinématique que le musicos nous offre avec Let the Ghosts Sing en 2014. Références au cinéma de genre, trip spectral et onirique aux ombres ondoyantes et parfois menaçantes. Matez ce Let the Ghosts Scream !

Après deux ans de boulot, il sort La Nuit se Lève, un opus urbain et glauque qui nous balade dans des rues crados (Infected Streets). Un interlude EP plus tard, hommage aux 60s-70s (Bad Acids & Malicious Hippies), Al’Tarba nous fait un grand plaisir en s’associant à un autre beatmaker de talent, j’ai nommé Senbeï. Une collab’ bien sentie que Rogue Monsters. Deux univers qui entrent en collision pour créer un monstre aux couleurs chatoyantes. Senbeï est un musicien et beatmaker bordelais, passionnée de culture nippone qu’il distille dans ses compos (à écouter son album Ningyo), mais aussi de hip-hop (à retrouver aussi dans le groupe Smokey Joe & The Kid dont il fait partie). Les deux comparses, réunis sur le label associatif Banzaï Lab, unissent leurs forces créatives dans ce Rogue Monsters où beat, abstract, hip-hop, dubstep et électro se mélangent et se mixent à leurs influences communes et diverses (tous deux fan de ciné et de vieux vinyles, bercés au rock et au hip-hop). Un album hybride où le chaos bordélique d’Al’Tarba se faufile dans les structures harmonieuses de Senbeï. Un mariage réussi ! Appréciez la puissance de More Pressure au réveil pour se mettre la patate, le bollywoodien Rakshasa pour bouger son corps, le long voyage de Falling dans des univers musicaux intemporels, pour conclure sur l'orchestral Lonely Bones et sa douce mélodie horrifique.

La dernière sortie d’Al’Tarba en 2020, Musique Classique, en collaboration avec Swift Guad, rappeur de Montreuil, nous plonge dans un univers noir, rauque et rappé. Un petit bijou ce titre éponyme, hommage cinéphilique: Musique Classique. Des textes recherchés et inspirés, bourrés de références, des titres parfois sombres (Catharsis, Cash-misère), parfois joueurs (Le marquis De Guad, Black Mirror).

Après plus de 10 ans dans le business, Al'Tarba s'est crée une place de choix dans l'univers des beatmakers français, où il fait évoluer sa bulle musicale aux ambiances à la fois sombres et poétiques.

Voilà voilà, et désolée pour ce long texte mais comme je le disais en préambule : Al’Tarba = chouchou ultime, donc forcément il mérite toute l’attention que je lui porte !!


mardi 26 octobre 2021

Murmure mystérieux de fantômes enneigés - A Small Murmuration (Snow Ghosts - 2013)

Quand commence A small murmuration, premier album de Snow Ghosts, un froid inexplicable s'installe autours de nous. Il faut dire que la première piste est hantée par une atmosphère sombre qui nous plonge dans l'univers gothique de ce duo londonien (Ross Tones et Hannah Cartwright). On est dès lors entraînés dans un monde étrange et enneigé. Inspiré du livre expérimental La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, l'album est un voyage complexe, accompagné de différents styles qui ont tous leur place ici, car rien ne détonne.

Une mélancolie électronique envahit chaque morceau et d’inquiétantes sonorités nous mettent dans une ambiance déroutante: des fantomatiques The Hunted et Covenant au violontissime And the world was gone, en passant par le plus doucement folk Time Listens. Tout reste cohérent.

Une belle révélation s'est offerte à moi en découvrant ce groupe. Le son profond de la basse, l'électro justifiée et la voix enchanteresse de Hannah ont su trouver en moi une âme errante qui s'est perdue dans leur univers mystérieux et immersif.

Depuis devenu un trio, avec l'arrivée au sein du groupe du multi-instrumentaliste Oliver Knowles, le second opus du groupe est un concept album autours des ruines: A Wrecking (2015). Plus instrumental et expérimental, c'est une exploration de différents aspects de la destruction avec l'introduction de plusieurs éléments extérieurs à leur son. Aperçu: Circles Out Of Salt

Update: Le troisième album du groupe, A Quiet Ritual sorti en 2019, s'intéresse quant à lui à la mort et au processus de deuil. Toujours mélangeant des sonorités variées, genre de folktronica dark et distendue, le groupe allie instruments traditionnels et modernes. La voie claire de Hannah ressort très bien sur certains morceaux, mais je dois avouer parfois un peu trop sur d'autres. Aperçu: Heavy Heart

Si une envie de sombre évasion vous prend, il faut absolument plonger cœur et âme dans la musique de Snow Ghosts.

samedi 16 octobre 2021

Cèdre électrique - Enta Fen (Soapkills - 2005)

Au milieu des années 90, à Beyrouth, Zeid et Yasmine décident de réunir deux styles musicaux: chanson arabe et musique électro, et forment ainsi le groupe Soap Kills.

D’abord, il faut savoir que le Liban est l’un des plus beaux berceaux de la musique arabe. La scène libanaise a toujours compté un grand nombre d’artistes internationalement reconnus, dans le monde arabe et au-delà. Que ce soit à travers le oud de Marcel Khalifé, la voix puissante de Fairuz ou les chansons d’amour de Magida El Roumi, la chanson arabe doit beaucoup à ce petit pays qui a connu la laïcité et le multiculturalisme dans toute sa splendeur. Une solide base donc pour le duo issu de cette culture, et qui sera enrichie par des années d’exil passées dans différents pays d’Europe (pour cause de guerre civile).

Après un premier album Barat un peu "minimaliste", Soap Kills sort en 2002 Cheftak qui donne le ton et affiche clairement leur style oriental trip-hop avec des incursions électro et dub. Grâce à plusieurs concerts dans différents pays du monde, la scène indie/trip-hop libanaise a trouvé son étendard. C’est en 2005 que sort Enta Fen, troisième et dernier album du groupe. J’ai choisi de parler de ce dernier opus car en plus de contenir des nouveaux titres, il comporte aussi des remix de certaines chansons de leurs précédents albums. Une belle manière donc d’aborder ce groupe. C’est avec "Aranis" que la voix sensuelle de la belle Yasmine nous emporte avec douceur avant d’enchaîner sans transition sur "Koullou ndif", genre de hip-hop mélodique. Vient ensuite le titre éponyme "Enta Fen", chanson d’amour en mode downtempo, avant le trip de "Herzan". L’errance orientale se poursuit avec "Wadih", "Wahch" et sur les notes éraillées de "Manni 2elak". Puis, "Adaram" s'ouvre sur un rap arabe ponctué par la voix mélodique de Yasmine. "Leh Zaalen" est habitée, "Kasdoura" est d’une douceur enivrante et enfin "Galbi" clôt l’opus de la meilleure des façons, entre tradition et modernité.

Soap Kills est devenu en quelques années d’activité avec seulement trois albums, une référence sur la scène trip-hop/electro orientale. Musique multicolore, voix voluptueuse et pas mal de talent, voilà la recette de cette union mixte qui charme les oreilles averties d’un bout à l’autre du vaste monde.



jeudi 20 avril 2017

Alanguie in hibernum - Short Stories (Lilium - 2003)

En saison hivernale propice au huddle, on s’imagine devant une cheminée crépitant, allongé sur une peau de bête à poil… Rien de mieux dans ces moments là, en plus de son chocolat chaud dans les mains, qu’une bonne musique dans les oreilles. C’est là que Pascal Humbert intervient sur un cheval différent de celui de ses 16 précédents. Avec Short Stories, son projet Lilium est en pleine floraison folklorique.

Albums aux multiples facettes et aux diverses voix, Short Stories est un recueil de douceur éthérée qui réchauffe le battant. Comment donc résister à cette introduction, "If They Cheered", sur la voix suave de Kal Cahoone ? Commence alors une flânerie intimiste au sein d’un jardin de lys exquis. L’opus inspiré du folk américain ne tarde pas à faire valser les notes et les voix au moment d’un "Locked in Tight" nonchalant. Mais c’est dans le côté sombre de Lilium que l’envolée mystique fuse, à travers la voix de David E. Edwards (chanteur des 16 horse), dans un "Whitewashed" aux caresses otiques délicates. C’est plus tard dans la bouche de "Lover" que les relents d’alternative country se font sentir au bout des cordes, avant l’instrumental minimaliste de "Miles Away". Deux voix s’entrelacent alors dans "Sorry", reliées par les notes discrètes d’un violon paisible. "Sense and Grief", tout en mélancolie, ressert le cœur dans son feuillet, et au chaud, on se recroqueville au fond du nid. Les effluves du saxophone nous recouvrent alors de sa "Cavalcade" avant de nous prendre au piège dans "The Trap", prisonniers de la voix de John Grant. Puis vient la fin, sur les accords d’"Angels", totalement Lilium.

Pascal Humbert a plus d’un tour dans sa besace et ne cesse de s’investir dans différents projets créatifs. Lilium est une belle parenthèse, encore ouverte, qui accueille les divagations artistique d’un musicien multitâche. Il nous balade alors avec Short Stories sur les sentiers de la musique folklorique américaine, enveloppée d’ombres troublantes qui chevauchent le vague à l’âme de l’hiver.

Alors, devant la flamme scintillante, je bois les échos de l’opus en écoutant l’écoulement de mon chocolat chaud, toujours à poil sur ma peau de bête...

samedi 1 avril 2017

Drowning - My Beautiful Sinking Ship (Devics - 2001)

Devics est un groupe de L.A formé au début des années 90, mêlant indie rock et dream pop, saupoudrés par moments de quelques notes jazzy. Le groupe est porté par la chanteuse Sara Lov et le pianiste et compositeur Dustin O'Halloran (qui a ensuite notamment fait partie du duo de musique ambiante A Winged Victory for the Sullen). Je ne sais plus comment je suis tombée sur l’une de leur chanson, mais cela a suffit à me séduire dans mon infinie bonté musicale.

My Beautiful Sinking Ship, troisième album du groupe, dépeint parfaitement leur style dans une douce ambiance mélancolique. On se laisse aller au naufrage, lentement bercé par les mélodies flottantes et la voix caressante de Sara. Une voix qui sait néanmoins se faire entendre quand il le faut. Un chant de sirène m’hypnotise dès le début de l’album avec "Head and Hands" et les mains liées, je me laisse emporter. Je suis déjà à bord de "My Beautiful Sinking Ship", une certaine angoisse me gagne mais je ne peux rien y faire. Résigné, chavirant, mon esprit est perdu au milieu d’une mer infinie. Noyée, en apnée, je te cherche comme "You in the Glass", car rien n’a plus d’importance que "The Man I Love". Reprendre n’est pas voler. Pourtant toujours je valse et je marche, like "You Could Walk Forever". Je fuis dans cet espace vide, même si tout ce que je veux c’est être "Alone With You". Solitude, ma peur, "Why I Chose to Never Grow" quand lui est parti si loin. Mais quelque part entre le soleil et la nuit, je le vois m’attendant, les bras ballants, "Living Behind the Sun". Rejoins moi et reste avec moi, let’s "Forget Tomorrow". Il est encore perdu, il veut pourtant que je l’oublie, "Lost at Sea". Il a raison, je ne suis pas une fille en or, "Gold in the Girl" leste ceux à qui on ne peut pardonner. Je rêvais tellement de partir, loin, au-delà des rives, mais la solitude toujours me rattrape dans la nuit noire and "I Broke Up". "Heaven Please", c’est tout ce qu’il me reste à espérer, complainte d’une vie désespérée. Laisse moi juste encore un peu, "Five Seconds to Hold You", avant de m’évanouir et de m’envoler pour les cieux surplombant cette immensité d’eau. Vers le soleil couchant, "Blood Red Orange", je me noie.

Ce n’est pas bien grave que vous ne me suiviez pas. La musique est un délire irrationnel, et c’est dans cette optique que le voyage s’effectue, hors du temps. Devics aura réussi, le temps de cinq albums, à se créer un univers brumeux et délicat. Univers qui transcende les lueurs mourantes de ce navire chavirant. D'ailleurs, les mélodies éthérées de Dustin en harmonie avec la voix pure de Sara ne se limitent pas à My Beautiful Sinking Ship. Le côté jazz-rock du groupe se trouve par exemple plus prononcé dans If You Forget Me… alors que l’on retrouve l’élégante mélancolie qui caractérise l’ensemble dans leur dernier opus: Push the Heart.

Il est temps de suivre les flots ondulants de Devics, au risque de se noyer, sans craintes ni regrets.


lundi 27 mars 2017

Trésors cachés du Sahara - Galb El Hoggar (Imzad - 2014)

Je voudrais parler d'Imzad. D'abord une petite définition: l'Imzad est une vielle monocorde traditionnelle de la musique des Touaregs. Elle est jouée par les femmes qui accompagnent ainsi en musique les poèmes et les chants des hommes ou les danses des jours de fêtes. Malheureusement, cette pratique se perd même si elle est classée au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. La disparition de cet instrument ne peut pourtant pas se faire si facilement, c'est pourquoi plusieurs associations essayent de promouvoir son apprentissage.

C'est ainsi que le groupe portant le nom de ce noble instrument, Imzad, est crée par l'Association Sauver l'Imzad il y'a quelques années à Tamanrasset. La formation est composée de dix artistes, presque tous auteurs-compositeurs-interprètes. La musique d'Imzad est un voyage sensoriel divin où se mêlent blues saharien, blues-rock, reggae et même un chwiya d'électro (remix sympa en bonus track). Tout cela sur les bases du Tindi, la musique traditionnelle touareg où l'on joue de l'instrument éponyme.

Le premier album du groupe Oulh n’Ahaggar en touareg, ou Galb El Hoggar en arabe qui veut dire "le coeur du Hoggar" est une belle réussite pour ce groupe scénique. L'âme de leur musique y est palpable et leur mélange de genres y est harmonieux et délicat. Les sons de guitares électriques prennent bien entendu une place de choix sur chaque piste. De "Zinazgoumegh" (Je pense) dans la belle tradition du blues touareg à "Tisnante n’Ayetma" (J’ai mal de la souffrance de mes frères) dans son style reggae, en passant par le côté festif d'"Ehafawate Ayatma" (Faisons la fête, mes frères). La chanson qui a donné son nom à l'opus n'est pas en reste. "Oulh n'Ahaggar" est une très belle déclaration à la terre du Hoggar, remplie d'ouverture et de tolérance ("Le cœur de l’Ahaggar est grand, tout le monde reconnaît sa grandeur par la grâce de Dieu, il est ouvert à tous, nos ancêtres nous ont laissé cet amour, notre plus beau trésor"). Chaque titre a son charme, et tous véhiculent un seul message qui devrait être universel: Paix et Amour !

Le désert du Sahara, aussi hostile soit-il, recèle grand nombre de trésors musicaux imprégnés par les diverses cultures touaregs, africaines et berbères, et parmi ceux-là Imzad est une pierre précieuse qui pourra orner les oreilles des plus démunis.

Allez on ferme les yeux et on fait un tour en chameau au cœur de l'Ahaggar !
Cadeau :)

vendredi 24 mars 2017

Feelings in colours - Cut and Paste (Oscar - 2016)

Oscar, ou Oscar Scheller pour être plus précise est un artiste londonien (malgré son nom germanique :)). Oscar a l’art dans la peau (des mains) étant donné qu’il a fait des études de sculpture. Oscar a aussi la musique dans les oreilles depuis tout petit, son papa ayant été membre d’un groupe de new wave des 70s : The Regents (7teen). Mais surtout, Oscar insuffle un vent rafraîchissant sur la scène indie pop british.

Premier album du jeunot, Cut and Paste a fait un joli clin d’œil à votre fournisseur de découvertes en tout genre ;). A la première écoute de ses pistes, je me suis dit, en me parlant à moi-même, que c’était vraiment pas mal. Puis j’ai eu envie de l’écouter encore plus, et ça c’est bon signe. Oscar m’a mise de bonne humeur malgré son chant mélancolique. Puis ses mélodies, elles restent dans la tête mais pas comme un Ohrwurm agaçant. Sa voix qui sait être profonde berce les vers de mes oreilles. Guitare, batterie et synthé font bon ménage et la patte brit pose son empreinte sur les dix morceaux de l’opus. "Sometimes" s’agite et se fait une place de choix dans les mémoires. C’est presque obsédant et ça fait sautiller sur-place (bon, je pense que ça c’est juste moi). L’ambiance se calme un peu pour "Be Good" et l’on sent déjà le spleen entêtant qui se déverse dans "Feel it too". Les bonnes choses continuent dans un "Good Things" dubby et parlant (“We’re all waiting for good things to happen. Everybody knows it’s true”)". Only friend" combine harmonieusement la voix grave d’Oscar à celle, douce et cristalline, de Marika Hackman. Le délire se poursuit et "Breaking my Phone" fait ressortir un petit grain de folie bienvenu avant de sombrer dans la gorge profonde et morose de "Daffodil Days". Le cafard rampe ensuite dans "Fifteen" alors qu’un faux air enjoué plane sur "Beautiful Words", avant de tomber le masque pour "Gone Forever".

Cut and Paste ne cache pas de message cryptique ni subliminal. C’est court, simple et direct. Un couper/coller des sentiments de son auteur. Effet gloomy avec du peps ! C’est un album à déguster sans se poser de questions. Une petite sucrerie sans prise de tête et qui ne va pas sur les fesses. Profitez-en !


jeudi 23 mars 2017

Oh cult and so terique folk - Cult of Youth (Cult of Youth - 2011)

Le dit folk dont j’aimerais parler s’appelle Sean Ragon, ancien bassiste de Love as Laughter qui tient un magasin de disques à Brooklyn. Un artiste qui a étudié les sciences occultes dans sa jeunesse. Ésotérisme qu’il introduit dans sa musique avec un darkfolk envoûtant, aux rythmes possédés.

Sean commença à faire de la musique d’abord en solo en mode expérimental (A Stick to Bind, a Seed to Grow), puis transforma Cult of Youth en quatuor en 2011. Le premier album du groupe qui porte le même nom fut une belle claque neofolk à ambiance punk qui m’a jetée à terre. En même temps, ça commence par un truc comme ça : "New West" où le Diable lui-même nous attire sur le chemin des Enfers. Comment ne pas tout de suite se convertir ? Les titres se suivent sur des rythmes endiablés ("The Dead Sea", "Monsters") avec quelques interludes acoustiques où le violon a la part belle avant le déchaînement de voix de Sean ("Casting Thorns"). Le folk occulte continue, "Through the Fear" et sur un "Weary" prenant, puis explose encore une fois dans "The Pole-Star" et l'obsédant "Cold Black Earth". Le ton grave de "Lorelei" fait ensuite place à la folie shamanique de "The Lamp" avant de terminer sur les cris de "Lace Up Your Boots".

Le groupe ne s’est pas arrêté là et nous a pondu deux autres albums : Love Will Prevail totalement hypnotique apporte son lot d’espoirs, notamment dans la superbe "Garden of Delights", alors que le dernier en date, Final Days, est enveloppé d’un voile mystique sombre et ajoute une touche de violoncelle pour mon plus grand plaisir. Un opus rempli de désespoir inspiré par une période difficile pour Sean qui devient obsédé par la mort. Mais la musique, comme bon exutoire, exorcise tous ces noirs sentiments pour les transformer en un son éclatant. En voici la preuve !

Cult of Youth nous a préparé une mixture de racines folk aux essences indus et post-punk avec des graines psychédéliques, et on l’avale avec plaisir sans trop se soucier des effets de cette potion enivrante. De la sorcellerie moi je vous dis !


mardi 21 mars 2017

Origin of Hedwig - Hedwig and the Angry Inch (2001)

When I was a child
I wanted to go wild,
And so rock got me alive
My dreams could survive.
A new life began for me,
But I had to leave a piece of mine.
What was there in my mind
To cut myself in two halves?
What’s the meaning of life
When something misses to death?
Lost in a body and an inch
Am I a bit from one of each?

When I was a beauty queer
I fell in love with a sweet dear,
We shared millions of stars
So bright in our eyes,
He was my Adam in Heaven
I took him to sky Seven.
He stole away my soul
And left me with a hole.

And here I am now,
Lost again, full of pain,
In my body and an inch
With only anger to stitch.

Broken pieces,
Freaks and wigs,
Hidden in colours,
Shining with failures.

The origin is love
A grift from above,
Two exquisite parts
That couldn’t stay apart.
In this wicked little town
I turned the radio down,
Walked away through a breach
With my body and an inch.