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dimanche 24 décembre 2023

Cauchemars, oh ! En couleurs - Mononoke (2007)

Pour parler de cette série, il faut d’abord revenir sur Ayakashi : Japanese Classic Horror, sorti en 2006. Cette anthologie, en trois arcs indépendants (et réalisateurs différents), nous racontait des histoires issues du folklore japonais. Le succès du dernier arc "Bakeneko" lui a valu la production d’un spin-off, qui sera donc : Mononoke.

En effet, la série ne manque pas d’originalité. Tout d’abord par son personnage principal, l’apothicaire (le kusuriuri), dont on ne sait pas grand-chose à part qu’il consacre sa vie à chasser les mononoke (synonyme de yōkai), sorte d’esprits vengeurs qui hantent notre monde. Ce héro mutique qui parle en syllabes n’a même pas de nom, mais ce qu’il dit est toujours pertinent. Cependant, ce qui frappe en premier lieu dans cet anime, c’est son design et son univers visuel incomparable. Une belle claque esthétique ! Les images s’inspirent en grande partie des estampes japonaises (ukiyo-e) pour retranscrire le côté historique de ces croyances populaires. De fait, les décors sont superbes et une explosion de couleurs chatouille nos rétines. Les superpositions d’images et les expérimentations graphiques se marient à merveille avec un aspect artistique indéniable, influencé notamment par Klimt et les classiques du kabuki. Il faut peut-être un peu de temps pour entrer dans l’univers de Mononoke, mais quand on y est tout devient merveilleux. Malgré l’ambiance sombre des histoires qui nous sont contées (en cinq arcs indépendants), la série nous plonge dans des fables fantastiques qui transmettent un pan de la culture nippone. Quelques petites touches d’humour parsemées ici et là dans cet univers horrifique parviennent tout de même à alléger l’atmosphère.

Il faut avouer que les tableaux qui sont dépeints dans Mononoke ne sont pas très gais. C’est pourtant un vrai plaisir que de suivre le déroulement de chaque histoire pour en découvrir la Forme (Katachi), la Vérité (Makoto) et la Raison (Kotowari) dont l’apothicaire a besoin pour purifier les mononoke. On se laisse entraîner par une réalisation excellente et une animation exceptionnelle dans cet hommage aux tragédies qui peuplent la mythologie japonaise. Si l’on est un minimum intéressé par cette culture, l’anime est un régal culturel à l'ambiance sublime. Principalement à travers la période Edo, le voyage vaut vraiment le détour : que ce soit dans l’auberge de "Zashiki-warashi", sur le bateau de "Umibōzu", avec les illusions masquées de "Noppera-bō" ou dans le train de "Bakeneko". Mais mon préféré est sans conteste la maison d’encens (fuenokouji) de "Nue" qui offre une ambiance terne et grisâtre tout en prenant des couleurs vives à des moments précis, pour des sensations visuelles captivantes. En prime, le charisme de l’apothicaire habite chacune de ses apparitions et le mystère qui plane sur lui crée certes une certaine frustration, mais je pense que c’est par conséquent l’histoire des mononoke qui est ici importante. Le montage un peu farfelu peut parfois se révéler déroutant, mais on ne perd jamais le fil de l’histoire, aidé par des flash-back réussis qui lèvent le voile, en général, sur les raisons de la "malédiction".

Je dois admettre que j’ai eu un peu de mal au début avec l’arc original de Ayakashi, mais à la fin de l’épisode j’en voulais encore de cet univers multicolore qui aura tendance à secouer ce qu’on connait du monde de l’animation. Mononoke est une œuvre petite expérimentale qui mérite d’être connue. Une expérience unique !


dimanche 5 février 2023

Sombres Histoires Humaines - Aoi Bungaku Series (2009)

Aoi Bungaku est une série animée d’anthologie des studios Madhouse adaptant six histoires classiques de la littérature nippone. Cet anime inhabituel nous plonge dans divers univers, le lien commun entre eux étant la noirceur, le côté sombre de l’être humain et ses obscures pensées. Le récit qui ouvre la série en est d’ailleurs un bel exemple. Il est vrai que les différentes adaptations, par différents réalisateurs et scénaristes, sont très inégales mais on trouve en chacune un intérêt certain. Il n'est d'ailleurs pas possible de noter la série dans son ensemble, chaque histoire ayant une narration et un style graphique à part.

La déchéance d'un homme: 
Cette adaptation du roman de Osamu Dazai, Ningen Shikkaku, est pour moi la plus réussie. Sur quatre chapitres, Morio Asaka (réalisateur entre autre de Nana, Cardcaptor Sakura et Chihayafuru), a su instaurer une ambiance vraiment sombre et particulière pour mettre en image cette histoire représentative de l’œuvre de Dazai-sensei. Une superbe animation qui incarne l'aliénation de son personnage et cette violence psychologique, et qui dépeint la solitude, le désespoir et la difficulté de vivre en société. Une vie d’inadapté, entre fragilité et culpabilité et une représentation monstrueuse du soi.
J’ai échoué en tant qu’humain...
Sous les fleurs de la forêt de cerisiers: 
Adaptation du roman du même nom de Ango Sakaguchi, par Tetsurō Araki (Death Note, Kurozuka, L’attaque des Titans). La violence est ici plus frontale, sous les coups d’un bandit sanguinaire aveuglé par l'amour d’une belle dingo manipulatrice et sadique. L’histoire aborde aussi à sa manière la difficulté de s'adapter à un environnement inconnu. Deux épisodes assez inégaux dans l’animation mais qui évoquent l’aliénation à différents niveaux et de manière très coloré.
Le secret sous le cerisier en pleine floraison… même maintenant personne ne le connaît.
Certains diront que c’est ce qui est connu comme la "solitude".
Le pauvre cœur des hommes:
Adaptation du roman Kokoro de Natsume Sōseki par Shigeyuki Miya (Onihei). Deux épisodes, deux points de vue différents sur les mêmes évènements. Fierté, jalousie et culpabilité entre deux hommes que tout à l’air d’opposer.
Cette année l’hiver fut doux.
Cours, Melos !: 
Une nouvelle de Osamu Dazai adaptée ici en deux épisodes par Ryosuke Nakamura (Mouryou no Hako). Assez optimiste par rapport à ce qui est connu de l’auteur dépressif, la nouvelle se déroule en Grèce antique et met en scène une belle et forte amitié. L’adaptation quant à elle s’empare du sujet à travers les trais d’un dramaturge qui doit transcrire cette histoire tout en repensant à un passé pas très glorieux, impliquant amitié et sentiment de trahison, culpabilité et regrets. Une belle histoire qui coupe un peu avec la perversité des autres épisodes, avec une animation classique et classieuse, entre le récit et sa mise en abîme.
Est-ce douloureux d’être la personne qui attend ? Ou est-il plus douloureux d’être la personne attendue ? Peu importe, il n’y a plus besoin d’attendre. C’est ce qui est le plus douloureux.
Le Fil de l'araignée et Figures infernales: 
Les deux derniers épisodes adaptent deux nouvelles de Ryunosuke Akutagawa : Kumo no Ito et Jigoku Hen, respectivement. Les deux épisodes sont réalisés par Atsuko Ishizuka (No Game No Life) et partagent le même univers tout en étant indépendants l'un de l'autre. Dans un monde gouverné par un tyran, une rédemption échouée et un petit tour dans le Jigoku et ses tourments (coucou Nakagawa). Et puis un Enfer sur terre qui sera dépeint par un artiste qui sacrifie tout à l’art. L'univers graphique foufou ne m'a pas forcément convaincue et ce sont pour moi les épisodes les plus faibles, mais la fin justifie-t-elle les moyens? 
C’est le vrai visage de ce monde.
Une petite série intéressante qui nous plonge dans des œuvres japonaises assez connues dans leur pays. Malgré l’inégalité des différentes histoires, c’est un plaisir de découvrir encore un pan de la culture nipponne à travers l’animation.
"They are evergreen because they are masterpieces."

jeudi 23 mars 2017

Thread of Time - Your Name. (2016)

Il est des fils qui cassent, d’autres qui lient. Il est des noms qu’on crie, et d’autres qu’on oublie. Kimi no na wa

Monsieur Makoto Shinkai nous a habitués, il faut le dire, à sa vision des liens amoureux ; au-delà de l’espace et du temps. Your Name ne déroge pas à cette règle, et des petits bouts de ces précédents films s’y retrouvent éparpillés, comme des pétales de fleurs de cerisiers chutant d’un même arbre. La patte de l’artiste est bien présente, dans le fond, comme dans la forme. Décors magnifiques, paysages contemplatifs, au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit…pardon je m’emporte !

L’histoire imaginée par Shinkai nous installe dans les corps respectifs d’une jeune fille au cœur d’un temple rural, et d’un jeune garçon dans l’effervescence de Tokyo. Seulement, le corps n’est pas toujours adapté à la personne qui y habite (et je ne parle pas de transgenre). Les premières mésaventures ne sortent pas des sentiers du genre : drôles, mimi et un peu loufoques. Pourtant cela suffit à nous attacher à ces deux personnages et leurs entourages. C’est environ à la moitié du métrage que le ton bascule, ainsi les larmes coulent (oui, j’en ai versé une petite, pauvre cœur mollasson). Rien n’est fini, tout est encore à faire. Torpeur, distorsions chronologiques, comète flamboyante, action, souvenirs, oublis…

Makoto Shinkai, sûrement traumatisé par des amours difficiles, reprend donc ici ses thèmes de prédilection, de manière peut-être plus accessible. L’éloignement de The Voices of a Distant Star, les saisons de The Garden of Words, et l’absence de 5 Centimètres par Seconde se distillent dans un flacon plus translucide, où certaines réalités font écho à la fiction (ceci a clairement contribué à son succès planétaire). Notre attachement n’est pas contrôlé et nos émotions sont guidées par les images sublimes qui défilent devant nos yeux. La musique aussi joue un rôle important, dans ses fulgurances pop ou dans ses moments de douceur au piano, chaque chanson apporte sa touche au propos. Même si je ne comprends pas vraiment l’engouement général pour le film, peut-être parce que j’ai ressenti les mêmes émois devant 5 centimètres… (malgré sa lenteur), j’admets qu’il est difficile de résister à une histoire aussi bien racontée, aux couleurs aussi bien esquissées. C’est touchant, et les cœurs sensibles s’y laisseront sûrement prendre. Pourquoi donc se priver d’un joli moment ?

Your Name sera donc un doux rêve que partageront des millions de personnes avant de revenir à leurs quotidiens aussi différents qu’indifférents.

Just a bit more, a little bit more, let’s stick together...


mardi 21 mars 2017

Rõnin to the past - House of Five Leaves (2010)

Voilà un anime agréable qui mériterait plus d’attention. Sarai-ya Goyou est adapté du manga de Natsume Ono-sensei. Il nous conte l’histoire d’un rõnin, Akitsu Masanosuke, qui est d’une naïveté déconcertante et qui n’arrive pas à garder un travail de garde du corps du fait de son allure timide et maladroite. Cela n’empêche pas Yaichi, leader du gang "Goyou" (ou "Five Leaves") de l’embaucher. Masa se retrouve alors bien malgré lui impliqué dans les "sombres" activités du groupe.

Cette petite présentation pourrait prêter à confusion, car ici point de combats de samouraïs aux épées aiguisées. Il s’agit plutôt d’une virée contemplative dans les vies de ces personnages particuliers que l’on apprend à connaître. Chacun ayant un passé pour expliquer son présent. Le récit s'attarde sur les relations qui unissent tout ce petit monde et sur l'apprivoisement du nouveau qui est aussi curieux qu'une chouette par une nuit noire. Petit-à-petit, les masques tombent et les voiles s’élèvent sur leurs histoires personnelles sous l’œil innocent et bienveillant de Masa. Le fil rouge reste cependant le portrait de Yaichi, mystérieux personnage au passé trouble qui fascine Masa par ses motivations obscures et sa solitude apparente. Ichi-san m’a fasciné aussi par là même, et puis par son air de je-m’en-foutiste zen que les autres indiffèrent, mais qui au fond est aussi attaché à sa bande que eux le sont à lui. Son allure fait opposition à son regard vide et triste qui en dit long sur un passé douloureux que l’on a envie de mieux comprendre (oui les persos torturés, c’est mon trip ^^). Entre lui et les autres, il y’a là une belle galerie d’individus en marge, pourtant attachants, que l’on suit avec plaisir au long des douze épisodes de la série.

Le rythme lent s’inscrit dans la dimension contemplative de l’anime qui rajoute à son charme serein et à l'émotion qui en émane. Les décors d’époque et les mœurs de l’ère Edo sont joliment retransmis en arrière-plan. Mais ce qui frappe de prime abord c’est le graphisme atypique, signature de la mangaka. Un trait original auquel on s’habitue au premier coup d’œil et qui s’adapte merveilleusement à cette agréable fable. Certaines scènes immobiles seraient dignes de devenir des toiles tant la finesse en déborde. Le réalisateur Tomomi Mochizuki réussit à nous plonger dans le flot de cette œuvre à part, et ses vagues apaisantes nous emmènent vers les rives d’un monde passé aux couleurs d’automne. C’est avec bonheur que je me suis laissée aller à cette courte balade, bercée par une douce musique japonaise, dont je garde un parfum de songe et d'érable.


lundi 13 mars 2017

Mystic eyes of death - The Garden of Sinners (2007)

Kara no Kyōkai  The Garden of Sinners est une série de sept films d’animation plus ou moins longs (allant de 45min à 2h), adaptés d’une série de light novels écrite par Kinoko Nasu. Il existe en plus des 7 films sus-cités, un huitième film sorti en 2013, relatant une nouvelle histoire temporellement antérieure au dernier épisode, ainsi que 2 OAV.

Les films se présentent dans un ordre non-chronologique et sont presque indépendants les uns des autres (voir les dates en début ou en fin d’épisode), sauf les épisodes 2 et 7 qui sont les deux parties d’une même histoire. Ils peuvent ainsi se regarder individuellement ou dans le bon ordre si on le veut. Mais pour ma part, je trouve que le charme de la série réside aussi dans ce format original.

On suit ainsi des bribes de la vie de Ryōgi Shiki, une jeune fille toujours d’un kimono vêtue, assez spéciale et aux capacités paranormales dont la personnalité est enveloppée de mystères. Elle est accompagnée de Kokutō Mikiya, un ami d’enfance qui représente en quelque sorte l’équilibre qui la maintien dans le monde réel, et de Tōko-san, détective et magicienne à ses heures. Entre thriller psychologique et conte fantastique, les aventures de Shiki abordent diverses thématiques : Suicide et rapport à la mort, personnalités multiples, philosophie autours du péché, viol, meurtre et horreurs psychopathes. Chaque épisode comporte son lot de violences mais aussi de réflexions, et au fur et à mesure, les voiles se lèvent sur le personnage de Shiki et son histoire.

Bien entendu, étant donné la forme de la série, il y’a pas mal d’inégalités. On peut donc aisément trouver un film très bon et complètement rejeter l’autre. Ma préférence, sans conteste, va au numéro 5 : Mujun Rasen (Spirale paradoxale). Un métrage à couper le souffle, l’un des plus longs (~2h) mais aussi le plus complexe. Un montage confus mais intelligent qui nous fait passer d’un lieu à l’autre, d’un moment à l’autre sur un simple claquement de porte. On est totalement perdus dans le temps et dans l’espace, pourtant moi j’ai adoré me retrouver à côté de la plaque dans ce monde encore plus brouillé que des œufs un dimanche de brunch (mon côté psycho-maso). De ce fait, c’est un film que j’aime revoir pour justement essayer de me retrouver dans tous les effets qui sont mis en œuvre pour me perdre dans « cette spirale de miracles et de hasards qu’on appelle la vie quotidienne ».

Cela reste très partial donc, mais je pense par contre que les épisodes 2 et 7 (Satsujin Kōsatsu) qui forment un tout pourraient faire l’unanimité. L’histoire opaque de Shiki nous est dévoilée au cours de ces 3h additionnées. Sa relation complexe avec elle-même, ainsi que celle avec Mikiya se révèlent grâce à un retour dans le passé et derrière une série de meurtres atroces. « Les gens expriment les émotions qu’ils connaissent ».

En somme, malgré la lenteur du récit à certains moments, je ne me suis pas ennuyée et j’ai aimé me plonger dans l’esprit isolé de Shiki pour la voir évoluer et s’ouvrir au monde extérieur. De plus je trouve certaines scènes vraiment superbes, l’animation reste assez fluide et les séquences de combats sont prenantes.

Je ne peux décemment pas finir cet avis très personnel sans parler de la musique. Une bande son épique de Yuki Kajiura. Partition de toute beauté du prologue qui me fout la chair de poule au thème de Shiki en plein combat. Cette musique me transporte !

Conclusion, Kara no Kyōkai est une série à découvrir pour les amateurs de thrillers sanglants, mais aussi pour les âmes sensibles aux déboires psychologiques de l’être humain.

1.   Thanatos (Fukan Fūkei) (2007)
2.   Enquête criminelle 1.0 (Satsujin Kōsatsu (Zen)) (2007)
3.   Persistante douleur (Tsūkaku Zanryū) (2008)
4.   L'abime du temple (Garan no Dō) (2008)
5.   Spirale contradictoire (Mujun Rasen) (2008)
6.   Enregistrement de souvenirs oubliés (Bōkyaku Rokuon) (2008)
7.   Enquête criminelle 2.0 (Satsujin Kōsatsu (Go)) (2009)
8.   Future Gospel (Mirai Fukuin) (2013)



dimanche 19 février 2017

Let the right one in... - Shiki (2010)

Toi qui crois trouver un pseudo Twilight vampirique, passe ton chemin.. Ici, c’est de Shiki dont on parle, Corpse Demon, ou poupées ressuscitées comme ils disent. Ici tu trouveras un village bien tranquille, au milieu de pas grand-chose et entouré de montagnes et de mort. Tu verras, la mort s’installe très vite dans l’histoire. Au début, quelques villageois, rien de bien méchant, c’est surement la grippe estivale... Ensuite, un tournant, des morts de tout âge, partout.

Coïncidence ou pas, la mort emménage en même temps que de nouveaux arrivants, les Kirishiki. Famille en tout point bizarre qui habite la grande maison de style occidental. Tu pense aussi qu’il n’y a pas de hasard…eh bien tu as surement raison ! D’autres personnes aussi commencent à le penser : ces jeunes gens d’abord qui voient au-delà de ce que conçoivent les adultes, un médecin qui ne trouve pas d’autre explication au fléau, un moine attiré par un être angélique…

Ici, la mort ne fait pas de cadeau, l’amour ne sauve personne, bien au contraire. La tension monte à chaque épisode car on sait bien que tout peut arriver, qu’il n’y a pas de codes à suivre. Rien n’est sur, à l’image de l’épisode 10, troublant au possible. Les questions fusent, qui sera le prochain ? Qui le fera ? La mélancolie couvre de son voile la fin du chapitre.. Grosse émotion.

Toi qui cherche l’horreur et le sang, tu trouveras ici de quoi t’abreuver à satiété. Mais il n’y a pas que ça dans Shiki. Il y’a aussi les gens, la société d’un village enfermée et fermée. Il y’a cette bande de petits vieux défaitistes qui se cachent derrière leurs ragots. Il y’a ces habitants qui continuent de faire l’autruche jusqu’à ce que la mort frappe à leur propre porte. Il y’a ce médecin obsessionnel qui dépassera toutes les limites déontologiques pour combattre son impuissance. Il y’a ce moine perdu et en mal être qui n’a pu choisir son destin. Il y’a aussi l’avènement d’une folie meurtrière, un mouvement de foule qui écrase tout et tous sur son passage au nom de sa justice. Il y’a ce moment, surréaliste, où tout le monde trouve normal de s’emplir les mains de sang…
Les limites deviennent floues entre le Bien et le Mal. La survie a dicté les lois des uns, et la vengeance a aveuglé les actes des autres. Les raisons des uns s’éclaircissent au fil du temps tandis que celles des autres s’assombrissent avec le temps. Bien ou mal, cela n’aura plus d’importance. Tu comprendras, quand ton cœur se serrera, que l’homme est un animal féroce, qu’il soit mort ou vivant.

Shiki est un animé qui débrident les codes du genre horrifique pour nous offrir un dessin des plus sombre. Adapté d’un manga illustré par Ryu Fujisaki, lui-même adapté d’un roman de Fuyumi Ono, l’univers de Shiki est très riche. La psychologie des personnages y a une grande place. Une belle fourchette de personnages d’ailleurs, avec des caractères différents et des motivations qui varient selon l’histoire de chacun. Les émotions sont au rendez-vous tout au long de la série, car ici tout le monde en a, à son niveau. Mais ici point de mièvreries, car chaque sentiment est lourd de conséquences.

Alors, si tu veux te perdre dans un monde qui pourrait te perdre, ressentir la tension et l’angoisse mais aussi une profonde tristesse, Shiki est la série parfaite pour toi. Par contre, si tu es une âme sensible, il faut te préparer à voir des scènes d’une extrême violence. Le design est assez original, mais il colle bien à l'ambiance un peu perché de la série. Un dernier mot sur la bande son très réussie qui nous ballade d'un état à l'autre et qui accroît l'atmosphère morbide de Shiki: Pendulum.

Je finis avec ce discours de toute beauté de Sunako Kirishiki:

"La mort est toujours horrible, que la personne soit jeune, vieille, bonne ou mauvaise, la mort est toujours pareille. Il n'existe pas de mort spécialement horrible, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle la mort est tellement redoutée. Le comportement, l'âge, le caractère, la richesse et la beauté n'ont de sens que si l'on est en vie. N'importe quelle mort est horrible car elle réduit toutes ces choses à néant."


mardi 14 février 2017

L'onirisme des lucioles - Vers la forêt des lucioles (2011)

Encore des lucioles :)
Vers la Forêt des Lucioles (Hotarubi no Mori e) est l'adaptation d'un manga one-shot de Yuki Midorikawa, connue notamment pour la création du non moins poétique Natsume Yuujinchou.

La luciole est aussi dans le prénom de l'héroïne, "Hotaru", qui se souvient de ses vacances d’été chez ses grands parents. Ces courts moments de bonheur dans une forêt enchantée qu’elle avait le privilège d’arpenter au côté de Gin. Gin, qu’elle l’a rencontré dans cette même forêt à l’âge de 6 ans. Depuis, chaque année elle attendait les vacances d’été avec impatience étant enfant, puis avec un petit pincement au cœur en grandissant. Mais Gin est un être spécial qui vit de magie et qui porte une malédiction qui lui interdit de toucher les humains au risque de disparaître…

Ce moyen métrage de Takahiro Omori nous emporte telle une poésie au cœur de ces doux moments, courts et intenses, que nos deux protagonistes partagent le temps d’une saison. Nous voyageons avec  Hotaru dans cette forêt en découvrant les "Yokai" qui y vivent. Nous la voyons grandir d’année en année, ainsi que ses sentiments pour Gin qui ne subit pas les effets du temps de la même façon. Mais la contrainte de ne pouvoir toucher l’être aimé devient alors de plus en plus douloureux…pour eux deux.

Une œuvre esthétiquement superbe au caractère poétique qui ne révolutionne surement pas grand-chose, mais elle a su me toucher par sa légèreté. Car ici les lucioles sont symbole d’espoir et de vie. Vivre le moment présent et profiter du temps passé ensemble. Une histoire certes éphémère mais qui tient une place importante, un peu comme un amour adolescent qui fait grandir notre cœur. Car même s’il pleur, il gardera en lui des souvenirs qui le réchauffent et lui rappelle que l’amour existe et qu’il est fait de petits moments partagés où l’on s’émerveille pour un rien avec des yeux remplis de poussières d’étoiles.

Ce petit film est une ode à la simplicité et à la tendresse qui raisonne aussi dans la musique qui l’accompagne (de Makoto Yoshimori). Ainsi, la douce mélodie "Natsu wo Mite ita" nous berce et clôt un rêve lumineux. Yukō!


lundi 13 février 2017

La bière de l’innocence - Le Tombeau des lucioles (1988)

Il est des films qui ne quittent pas les mémoires et Le Tombeau des Lucioles (Hotaru no haka) est pour moi l’un de ceux-là. L’histoire de deux jeunes êtres, un frère et une sœur, Seita et Satsuko, pour qui la vie commence avec une guerre en toile de fond. Une guerre dont ils ne savent rien mais qui bouleverse leurs existences… Une guerre en somme comme tant d’autres.

Un rêve. Un souvenir qui commence dans le feu et qui se finit dans la lumière. Lumière virevoltante des lucioles…

Orphelins et indésirables chez leur tente, Seita et Setsuko doivent se débrouiller seuls. Ils font face à la dureté de la vie et à l’individualisme qui règne. On ne leur fait pas de cadeaux, mais rien ne peut leur enlever le bonheur d’être ensemble. Les joies simples de l’enfance sont retrouvées… une boîte de bonbons, une moustiquaire, des lucioles… Il ne faut pas plus à la petite Setsuko pour oublier son mal et afficher un grand sourire à son nii-chan. Combien de temps encore le rêve va-t-il durer ? Combien de temps encore le refuge va-t-il rester un home sweet home ?

Isao Takahata ne nous berce pas d’illusions et Mamiya-san enfonce le couteau avec sa musique à faire pleuvoir des larmes au Sahara.

"Pourquoi est-ce que les lucioles meurent tellement vite ?"

La réalité reprend ses droits. La souffrance ne fait pas de discrimination. Seita continue malgré tout de se battre contre le destin et pour sa douce petite sœur. Malheureusement, le feu revient prendre ce qui reste de précieux, et la folie des hommes se charge des ruines… Seule cette boîte de bonbons remplit de poussière subsistera, au milieu de la lueur des lucioles.

La vision devient floue…humide. Il est maintenant temps de dormir car le rêve se doit de continuer. Seita et Setsuko, main dans la main, au milieu d’un champ de hotaru

                                        

                        

dimanche 12 février 2017

Les secrets de la tête - Himitsu : the revelation (2008)

Himitsu - Top secret est un anime qui nous emmène dans un futur assez proche (2055) où la technologie a fait bond concernant l’imagerie mentale. En effet, une machine, l’IME (pour Memory Reproduction Imaging), permet de visualiser la mémoire de personnes décédées. Très pratique donc pour résoudre des affaires de meurtres. C’est là qu’interviennent les personnages de la série car ils font partie d’une section spéciale de la police…accrochez-vous : la section 9 (^^). 

Les enquêtes, sur un ou plusieurs épisodes, sont en majorité intéressantes et parfois un peu glauques et digne d’un bon thriller. Puis à chaque affaire son lot de questionnements éthiques sur l’utilisation de l’IME et de l’intrusion dans les souvenirs des victimes. J’avoue que c’est parfois répétitif, surtout de la part de Aoki, le nouvel arrivé dans l’équipe qui a encore des doutes et des préjugés sur la méthode.

Justement, parlons des personnages. Au début on a vraiment du mal à s’attacher à eux car leur traitement reste assez superficiel, mais au fil du temps on s’aperçoit que des informations sur chacun sont diluées dans toutes ces histoires, chacun ayant sa place dans l’intrigue. Une intrigue qui devient du coup de plus en plus personnelle et qui aboutit à un final qui nous laisse dubitatifs mais non sans une certaine poésie. Il faut savoir que la production a dévié du manga original, ce qu’ici est appréciable car l’histoire est construite pour s’adapter au format des 26 épisodes et elle se déroule à la bonne vitesse pour se clôturer tout à fait.

Malgré des imperfections dans l’animation et des personnages qu’on aimerait quand même approfondir un peu plus, la série est assez réussie dans l’ensemble. Seul bémol, Maki-san, le commissaire principal, qui a une tête de personnage de yaoi est assez peu crédible. C’est dommage que la mangaka soit un peu trop portée sur le shojo, mais qu’elle n’en ait pas fait un personnage féminin qui aurait eu plus d’impact.

Donc, plot plutôt alléchant qui essaye d’apporter une dimension psychologique et éthique à l’utilisation de nouvelles technologies qui dépouille un peu plus l’humain de soi et de ce qu’il lui reste de himitsu (=secrets). 


vendredi 10 février 2017

Une perle rare - Shinsekai yori (2012)

Shinsekai Yori est un anime superbe qui n'a pas (encore) le succès qu'il mérite. En commençant à le visionner, je ne m'attendais pas du tout à tomber sur un pur chef d'oeuvre. Avec des premiers épisodes qu'on a un peu de mal à digérer contenant des informations déroutantes (comme souvent dans des animes de ce genre), on s'accroche et sans s'y attendre on est happé dans l'histoire très bien ficelée narrée par SakiSaki est une petite fille qu'on voit évoluer, tout au long de l'animé, dans un monde bien loin du notre (1000 ans dans le futur) en nous racontant l'histoire d'une société évoluée qui a renoncé à ce que l'ancienne civilisation a connu. Mais il ne faut pas s'attendre à un monde futuriste ou post-apocalyptique qui baigne dans le chaos, bien au contraire (enfin, en surface). L'histoire nous plonge au cœur de cette société où l'être humain a acquis certaines capacités, et où la paranoïa dicte sa conduite pour éradiquer la violence à sa source même. Mais voilà, peut-on vraiment aspirer à un monde de paix sans recourir à des solutions radicales? Et bien, petit à petit on voit l'envers du décors, on comprends que le maintien de cet ordre superficiel a un prix. Mais loin de l'idée de dessiner un mal parfait, tout est subtil, tout le monde a ses raisons et personne n'est complètement coupable. Pas de manichéisme... C'est une réflexion de base sur ce qui pousse l'homme à faire des choses qu'il croit juste, aveuglé par des objectifs aussi nobles soient-il. Par contre, ce qui ressort aussi de cette analyse de l'humain est sa vanité et sa pensée d'être supérieur aux autres êtres.

Le scénario est tout simplement fabuleux et ingénieux (adapté du roman éponyme de Yusuke Kishi). Entre la réalité du présent et les souvenirs du passé, on est tout aussi confus que les personnages eux-même, mais jamais vraiment perdus car on vit ce qu'ils ressentent à chaque révélation et on est comme eux confrontés à chaque vérité dévoilée. Il y a beaucoup de symbolique derrière ce conte fantastique. Un tourbillon d'émotions avec des contradictions qui caractérisent le cœur humain nous emporte et ainsi on suit une Saki tiraillée entre son humanité et son envie de survivre et de protéger les siens.

Côté visuel, rien à redire. Les plans sont magnifiques et la musique qui les accompagne est juste parfaite (petit aperçu) ! Les paysages ruraux et le monde médiéval qu'on voit à l'écran créent un paradoxe avec l'idée futuriste de l'histoire, mais c'est aussi ce qui fait son originalité et son charme. L'atmosphère change selon les épisodes mais aussi selon les émotions des personnages. On passe des ambiances chaleureuses des beaux souvenirs à celles plus sombre de la réalité et des tragédies passées.

Un animé sublime, intimiste, introspectif qui régale à tous les niveaux. Courez vite le voir!


Bizarrerie poétique - L'oeuf de l'ange (1985)


Après tant d'années à repousser ce moment, je l'ai enfin vu! L’œuf de l'ange est un étrange long-métrage de Mamoru Oshii. Une oeuvre d'art en mouvement. Il ne faut pas s'attendre à un film avec une histoire, un début et une fin. Ce serait plutôt une succession de belles images sombres qui nous plongent dans une atmosphère bizarre envahie d'une sensation de solitude. Je le vois comme une interprétation introspective et spirituelle d'un monde post-apocalyptique. Mais l'oeuvre étant expérimentale et bien mystérieuse, l'interprétation reste propre à chacun. En tout cas, c'est un film à voir au moins une fois pour se faire sa propre idée car il est assez unique si on y va sans attentes ni préjugés!